La Meurthe-et-Moselle engage une action pour la promotion d’une éducation positive et sans violence

JUIN 2017 - PAR

Nathalie Bernhard, Bénédicte Bister, Isabelle Chevrier, Patricia Dalstein, Mélissa Del Rio, Corinne Domicent, Laurence Kali Sainte Marie, Guylène Meneguz, Catherine Ottari, Léa Vaglio

En France, seulement 12.5 % des parents déclarent ne jamais user de punitions corporelles sur leurs enfants. 33 % déclarent en donner rarement et 54.5 % plus souvent.

Depuis que la Suède a légiféré contre toute violence punitive en 1979, aucun enfant n’est décédé suite à des violences familiales et le nombre de saisines judiciaires pour maltraitance a baissé ainsi que le nombre de placements.

À l’époque, 54 % de la population était contre le fait de légiférer. Actuellement, les personnes opposées se situent en dessous des 18 %.

Dès 1983, plusieurs autres pays ont suivi l’exemple de la Suède, comme l’Espagne et l’Italie. En France, les mentalités évoluent progressivement. 20 ans de statistiques de mortalité infantile montrent que c’est parmi les très jeunes enfants que le taux d’homicide est le plus important. Les travaux menés en France sur ces questions font toutefois apparaître des indices de sous-évaluation des mauvais traitements dans notre pays… L’arrivée des neurosciences affectives démontre, avec l’imagerie, combien cette brutalité au quotidien engendre une diminution de la neuro-genèse, l’amygdale cérébrale étant mature dès la naissance.

Il est donc important de multiplier les actions de sensibilisation à grande échelle contre la violence éducative aussi légère soit-elle, car elle est encore trop fortement banalisée dans notre pays. Frapper, même légèrement, un enfant, c’est, pour le parent, un automatisme qui risque de devenir la réponse privilégiée à tout conflit avec l’enfant. La dynamique de la violence est celle de l’escalade. Lors d’actions conduites auprès des parents, ces derniers demandaient à être soutenus pour éviter cette escalade.

Depuis janvier 2015, sur la commune de Vandoeuvre (Meurthe-et-Moselle, banlieue de Nancy), nous menons une action partenariale « un Non = un oui pour grandir ». À l’origine : des puéricultrices et éducatrice de jeunes enfants de la pmi (Protection maternelle et infantile), des assistants sociaux du service social départemental, des éducateurs spécialisés et une psychologue de l’aide sociale à l’enfance de la Maisons départementale des solidarités, une infirmière du Centre médico-psychologique « Les Nations », une conseillère en économie sociale et familiale de la Caisse d’allocations familiales, une directrice d’école maternelle et une éducatrice de jeunes enfants de la crèche familiale de la Mairie.

Nous avons créé une exposition itinérante avec différents panneaux très pédagogiques et nous utilisons des petits films sur ce thème, réalisés par une mjc de quartier et le dispositif de réussite éducative.

Cette exposition permet de faire comprendre l’importance de donner des repères clairs à l’enfant pour l’aider à grandir en se sentant en sécurité physiquement et affectivement. Elle est un support pour susciter un échange autour de la difficulté en tant que parent de se positionner dans les situations du quotidien souvent inattendues, de dédramatiser et de positiver la frustration qui est un passage constructif dans le développement de l’enfant. Sans culpabiliser les parents, cette exposition provoque un questionnement sur les attitudes et façons de répondre à l’enfant.

Nous introduisons ainsi l’importance de la tendresse et de la valorisation dans l’éducation, le décryptage de ses besoins, la recherche d’une communication adaptée à son âge, l’importance de donner l’exemple dans l’éducation, de permettre à l’enfant des initiatives dans la résolution d’un conflit. Au lieu de la punition, nous préconisons ainsi de mettre l’enfant dans une démarche de réparation de son erreur. Il s’agit petit à petit d’être capable de se faire écouter sans crier, de se faire obéir sans menacer.

Nous accompagnons cette exposition à la rencontre des parents dans les écoles maternelles avec le soutien des enseignants, les associations de quartier, le Réseau assistantes maternelles, etc. Cela nous permet d’agir en prévention de la violence éducative. Comme le dit un panneau : « Il n’y a pas de bonnes fessées et tous les coups sont potentiellement dangereux ».

Nous pouvons ainsi témoigner que lors de chaque animation, des parents sont venus nous faire part avec émotion de leurs postures brutales avec leur enfant et combien cela leur était insoutenable. Ce n’étaient pas que des parents de quartiers « dits sensibles » mais des parents de tous milieux socio-économiques.

Ces actions sont indispensables car elles sont efficaces. Elles demandent à être menées à une plus grande échelle.

Nous sommes convaincus qu’il faut maintenant de véritables campagnes de sensibilisation autour de cette question pour promouvoir une parentalité positive et une culture de la non-violence pour une enfance sans violence. C’est un véritable défi de société qui permettra, en outre, de réduire le nombre de placements. Au-delà du respect de l’intégrité de l’enfant, l’enjeu est également financier : alléger la collectivité du coût exponentiel consacré à la prise en charge des enfants en danger.

 

Nathalie Bernhard, éducatrice de jeunes enfants pmi.

Bénédicte Bister, directrice d’école maternelle.

Isabelle Chevrier, éducatrice en crèche familiale.

Patricia Dalstein, puéricultrice de pmi.

Mélissa Del Rio, assistante sociale de l’Aide sociale à l’enfance.

Corinne Domicent, infirmière en centre médico-psychologique.

Laurence Kali Sainte Marie, assistante sociale de Maison départementale de solidarité.

Guylène Meneguz, assistante sociale de Maison départementale de solidarité.

Catherine Ottari, assistante sociale de Maison départementale de solidarité.

Léa Vaglio, psychologue de l’Aide sociale à l’enfance.