Couverture de la revue - L'autisme : tout un monde

N° 80 - L'autisme : tout un monde

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Anne-Sylvie Pelloux, Jean-Louis Le Run

Tant d’encre a déjà coulé sur le monde de l’autisme depuis Leo Kanner que nous pourrions penser en avoir fait le tour. La complexité de son origine, son énigme durable, et son intrinsèque « barrière de la langue » pourraient aussi le faire croire impénétrable.

Pourtant, si on veut bien se donner la peine de l’aborder par de multiples détours, sans parti pris, ni idée préconçue, tout un monde riche en couleurs, rythmes, géométries, régularités, savoirs, espoirs et émotions se dévoile où autant de singularités que d’acteurs y figurent.

Il faut de tout pour faire un monde, dit l’adage, pourquoi alors faire de l’autisme tout un monde ?

L’écrit poignant et empli de poésie d’Olivier Meynier, adulte autiste sans langage oral, nous l’enseigne. Non seulement, lorsqu’il était enfant, le manque de langage et l’exacerbation des sens lui étaient extrêmement douloureux mais sa détresse d’être perçu par ses proches, si différent de ce qu’il était vraiment, était immense.

Alors oui, faisons-en tout un monde pour ne pas rester indifférent, ou impuissant ou pour ne pas rester chacun dans son monde.

Mireille Battut et Valérie Gay-Courajoud, chacune maman d’un garçon autiste, font preuve d’une incroyable faculté d’observation pour rentrer pas à pas dans le monde de leur enfant, et créer avec lui une aire de partage.

Théo, le fils de Valérie Gay-Courajoud, nous livre son aventure graphique peuplée d’un univers animé et habité, petit coffre à trésors de couleurs et de formes reflétant son cheminement interne.

Mireille Battut a su trouver les connecteurs merveilleux et inventer des temporisateurs pour se mouvoir avec son fils Louis, en acceptant de faire chuter son Savoir, d’abolir l’Autre en soi, et d’être le plus Un pour l’accompagner. Ainsi, peu à peu pour Louis, le temps peut s’écouler, et la musique qu’il compose emplir l’espace de la maison comme des mots pour s’exprimer. L’œil de la caméra, puis bientôt l’œil du viseur, sera la découverte d’un opérateur d’identifications.

C’est un peu dans cette même lignée que Frédéric Tordo nous démontre comment le robot constitue un outil pertinent dans la relation transférentielle entre la personne autiste et le psychothérapeute. Possédant la mécanique automatisée, monotone, élémentarisée d’une machine, attractive pour l’enfant autiste, le robot est de surcroît doté d’une ambiguïté machine/humain. Il peut ainsi être le support d’une double projection dynamique, humaine et non humaine.

Cette question de « préférence » d’orientation et d’attention de l’enfant autiste vers des stimuli non humains peut s’expliquer selon de multiples hypothèses comme la surcharge sensorielle, ou le défaut d’intégration sensorielle, la malvoyance de l’E-motion, la dyspraxie sociale, la réactivité atypique des systèmes cérébraux miroirs, les troubles de synchronisation, de l’organisation sensori-motrice, des fonctions motrices intentionnelles, des fonctions exécutives, etc.

Ces différents mécanismes sont plausibles et concevables une fois le trouble neuro-développemental installé et les signes cliniques de l’autisme manifestes, à partir de l’âge de 12-18 mois.

Mais qu’en est-il avant ? Comment repérer en amont les signes d’alerte ? Et une fois ces signes dépistés, peut-on dévier la trajectoire développementale en tenant compte d’une plus grande plasticité cérébrale avant un an ?

C’est un champ de recherche en pleine expansion et l’objet de nombreux travaux menés depuis plusieurs décennies.

Marie-Christine Laznik et Catherine Saint-Georges retracent l’histoire de la grille préaut et la recherche menée conjointement avec Graciela Crespin durant une dizaine d’années pour la tester. Les résultats sont probants puisqu’elle a une valeur prédictive de plus de 46 % de troubles du développement avec des passations à 4 et 9 mois de vie.

L’histoire de la prise en charge précocissime de Carole, bébé à haut risque, que nous relate Marie-Christine Laznik donne du baume au cœur ; l’espoir n’est pas perdu après avoir détecté d’éventuels signes d’inquiétudes autour du développement du bébé. Entre réanimation psychique du bébé et transfert d’amour avec le parent, la psychanalyste confirmée dans sa pratique par le regard d’Yves Burnod, neurobiologiste, nous livre le verbatim des séances avec Carole et sa maman.

Pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre dans ces prises en charge précocissimes, Erika Parlato de Oliveira et Catherine Saint-Georges nous exposent le projet d’une recherche de micro-analyse de vidéos d’une cohorte de bébés à risque.

Mais a-t-on avancé sur l’origine du trouble du spectre autistique ?

Pauline Chaste, pédopsychiatre et chercheuse en génétique, démontre la complexité des facteurs en cause, génétiques et environnementaux.

Dans l’attente de trouver des actions thérapeutiques ou de prévention qui agiront directement sur un facteur causal génétique et/ou environnemental, il est nécessaire de proposer des modalités d’interventions pour soigner, éduquer et instruire les personnes autistes, les accompagner afin qu’elles puissent s’épanouir dans toutes leurs valences artistiques, leurs compétences particulières, leur psychisme et promouvoir leur inclusion dans la cité.

Chantal Lheureux-Davidse, s’appuyant sur sa longue expérience de psychothérapeute d’enfants autistes, nous dépeint leurs vécus sensoriels et nous invite à partager des éprouvés communs afin d’aller à leur rencontre et de les aider à se représenter leurs vécus internes.

Bruno Gepner et Stéphane Scotto Di Rinaldi empruntent, eux, la voie de la musique et de la pratique de l’improvisation en groupe pour démontrer le bénéfice de ces vibrations communes et de ces résonances singulières pour chacun des protagonistes.

C’est la danse qui l’emporte comme média artistique au cattp Minute papillon et des pépites d’étoiles que nous font goûter Anne Juteau, Tamara Guénoun & Co dans leur travail collectif, ludique et multi-lubique auprès des enfants autistes et leurs parents.

Le jeu domine également dans la « physiothérapie » intégrative du développement de la communication sociale nommée plus simplement Thérapie d’échange et de développement, créée par Gilbert Lelord et Catherine Barthélémy, que nous présente cette dernière.

Ni le monde de l’école ni celui de l’hôpital ne sont oubliés.

L’inclusion scolaire des enfants autistes est un sujet qui préoccupe de façon légitime les pouvoirs publics car elle préfigure l’inclusion dans la société de demain de ces adultes. De plus, la pédagogie, lorsqu’elle est adaptée, se révèle être un formidable vecteur de communication avec les enfants et de déploiement de l’intersubjectivité. Ces enfants souvent porteurs d’une autre intelligence, au sens où l’entend Laurent Mottron, et d’une façon particulière d’apprendre, peuvent se restaurer narcissiquement à l’école. Anne-Sylvie Pelloux & Co rapportent leur expérience au travers de leurs pratiques au sein d’une classe spécialisée pour enfants autistes à l’école ordinaire en mettant en exergue cette pédagogie inclusive associée au soin.

Nous savons, par ailleurs, à quel point il est difficile pour les personnes autistes et ceux qui les accompagnent de subir des examens médico-techniques pourtant nécessaires. Il nous paraît donc important de présenter une pratique innovante au chu d’Amiens, le projet Simu-ted basé sur une simulation en condition réelle. Victoria Descrettes, Laure Boissel & Co nous en exposent le principe et les bénéfices pour les patients et les professionnels.

Bien d’autres pratiques innovantes existent, et nous vous invitons, lecteurs et auteurs, à en témoigner dans nos futurs numéros d’enfances&psy.

À ce jour, réjouissons-nous de l’évolution, depuis plusieurs décennies, des représentations sociales de l’autisme visant à la dé-stigmatisation dont Brigitte Chamak nous trace un large portrait. Et souhaitons que le concept « autism-friendly » qu’elle décrit, ne se réduise pas à un pur produit marketing, s’ajoutant aux innombrables marques labellisées au service d’intérêts commerciaux, envahissant le paysage de l’autisme.

Dans l’attente de poursuivre notre route vers le monde de l’autisme, et peut-être, de rebattre toutes les cartes, donnons la parole à Olivier Meynier qui ouvre ce numéro avec des mots qui sont loin de nous laisser indifférents.

Éditorial

Mineurs délinquants, mineurs en danger : le bateau coule !

Thierry Baranger, président du Tribunal pour enfants de Bobigny et coll.

Le dossier, l'autisme : tout un monde

Introduction

Anne-Sylvie Pelloux, pédopsychiatre, médecin chef du 1er secteur de psychiatrie infanto-juvénile de Paris, Hôpitaux Saint-Maurice 

Jean-Louis Le Run, pédopsychiatre, rédacteur en chef d’enfances&psy

Autiste artiste, tout un monde sensoriel et culturel

Être différent. Comment accompagner les indifférents

Olivier Meynier, écrivain

Lorsque l’autisme se dessine,

Valérie Gay-Corajoud, formatrice pour les professionnels ayant à charge les personnes autistes ; responsable de l’antenne Occitanie de l’association La main à l’oreille

Topologie d’un nombre premier

Mireille Battu, fondatrice et présidente de La main à l’oreille, vice-présidente du raahp

Sarabandes et virevoltes au « Gang Minute Papillon » 

Anne Juteau, pédopsychiatre, médecin responsable du cattp Minute Papillon, Centre hospitalier R. Ballanger

Tamara Guénoun, maître de conférences en psychopathologie clinique, crppc, Université Lyon 2 ; psychologue clinicienne, cattp Minute Papillon, Centre hospitalier R. Ballanger

Marie Latoch, psychologue clinicienne, cattp Minute Papillon, Centre hospitalier R. Ballanger

Carolina Abarcca, psychomotricienne, cattp Minute Papillon, Centre hospitalier R. Ballanger

La musique comme voie thérapeutique pour les personnes autistes

Bruno Gepner, psychiatre, chercheur associé au cnrs et chargé d’enseignements à l’Université d’Aix-Marseille ; musicien 

Stéphane Scotto di Rinaldi, psychologue clinicien du développement ; musicien 

Quoi de neuf dans le monde de l’autisme ?

Modifications des représentations sociales de l’autisme et introduction du concept « autism-friendly »

Brigitte Chamak, sociologue et historienne des sciences 

Dépister le risque d’autisme chez les bébés de quelques mois, pourrait-il permettre de transformer le pronostic ? La grille preaut, son origine et ses applications

Marie-Christine Laznik, psychanalyste, chercheur au sein de l’asm13

Catherine Saint Georges, pédopsychiatre, service de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent à l’hôpital Salpêtrière et Centre André Boulloche (Cerep-Phymentin)

Carole, un bébé à haut risque

Marie-Christine Laznik, psychanalyste, chercheur au sein de l’asm13

De la clinique du bébé à l’évaluation du traitement : micro-analyse d’une cohorte, entre psychanalyse et transdisciplinarité

Erika Parlato de Oliveira, psychanalyste, professeur à la Faculdade de Medicina da Universidade Federal de Minas Gerais, directrice de recherches à l’école doctorale de Paris-Diderot

Catherine Saint-Georges, pédopsychiatre, service de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent à l’hôpital Salpêtrière et Centre André Boulloche (Cerep-Phymentin)

Risque d’autisme : une architecture complexe

Pauline Chaste

praticien hospitalier, Centre de recherche et de diagnostic pour l’autisme et les troubles apparentés (credat), Centre hospitalier Sainte-Anne

Un monde de pratiques innovantes et d’expériences concluantes, en route vers l’inclusion

La personne autiste et sa machine

Frédéric Tordo, psychologue clinicien, psychanalyste

La prise en compte en psychothérapie des vécus sensoriels des enfants autistes

Chantal Lheureux-Davidse, psychologue clinicienne, psychanalyste, responsable du du Autisme à l’université Paris-Diderot

Le monde de l’école pour les enfants autistes. Une expérience d’unité d’enseignement en école élémentaire

Anne-Sylvie Pelloux, pédopsychiatre, médecin chef du 1er secteur de psychiatrie infanto-juvénile de Paris, Hôpitaux Saint-Maurice 

Hadda Farret, éducatrice spécialisée, ue Moussy (Paris, 4ème), 75i01, Hôpitaux Saint-Maurice 

Jean-Louis Le Run, pédopsychiatre, rédacteur en chef d’enfances&psy

Sandrine Marchand, cadre de santé référente des ue, 75i01, Hôpitaux Saint-Maurice

Emma Taborelli, pédopsychiatre référente d’ue, 75i01, Hôpitaux Saint-Maurice

Vanina Vouillon, éducatrice spécialisée, ue Titon (Paris, 11ème), 75i01, Hôpitaux Saint-Maurice

Autisme et synchronisations sociales. De la clinique à la thérapie

Catherine Barthélémy, médecin, pédopsychiatre, physiologiste, professeur émérite, Faculté de médecine, Université de Tours

Troubles du spectre de l’autisme et simulation : un outil au service du soin

Victoria Descrettes, interne de psychiatrie, chu Amiens Picardie

Laure Boissel, chef de clinique, Consultation de Psychopathologie de l'enfant et de l'adolescence, chu Amiens Picardie

Ingrid Vasselin, cadre formatrice, chu Amiens Picardie, Centre Simu-Santé

Béatrice Jalmaut, directrice des soins, chu Amiens Picardie, Centre Simu-Santé

Aurore Malpart, infirmière, chu Amiens Picardie, Centre Simu-Santé, Centre Ressource Autisme Picardie

Maxime Gignon, professeur des universités-praticien hospitalier, chu Amiens Picardie, Centre Simu-Santé

Christian Mille, professeur des universités-praticien hospitalier, chu Amiens Picardie, Centre Ressource Autisme Picardie

Christine Ammirati, professeur des universités-praticien hospitalier, chu Amiens Picardie, Centre Simu-Santé

Les tribunes

 

À propos

Les effets des écrans sur les tout-petits : syndrome ou symptôme ?

Hypothèses sociétales et psychomotrice

Morgane Balland, psychomotricienne, cmp - cattp Noisy-le-Sec ; epsve ville evrard, 93 i 03

Delphine Bizeul, psychomotricienne, cmp Noisy-le-Sec ; epsve ville evrard, 93 i 03

Carole Guilliet, psychomotricienne, cmp Noisy-le-Sec ; epsve ville evrard, 93 i 03 

Marie-Claude Bossière, pédopsychiatre, praticien hospitalier, cmp - cattp Noisy-le-Sec ; epsve ville evrard, 93 i 03

En direct des pratiques

Contestation et engagements adolescents

Kostas Nassikas, pédopsychiatre et psychanalyste

La destructivité des enfants et des adolescents malvoyants

Daniel Oppenheim, psychiatre, psychanalyste