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N° 73 - L’opposition chez l’enfant et l’adolescent : les paradoxes du non

Revue publiée en juin 2017

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  • Argument

Margot Weber, Jean-Louis Le Run

Les attitudes d’opposition constituent un motif de consultations de pédopsychiatrie de plus en plus fréquent. On peut les retrouver dans les plaintes parentales à propos d’un tout-petit qui détourne systématiquement la tête du sein ou du biberon, au sujet d’un enfant tyrannique qui a pris le pouvoir à la maison ou encore d’un adolescent vécu comme incontrôlable qui multiplie les conduites à risque. Sur la scène scolaire, parfois dès l’entrée en maternelle, les enseignants signalent ces enfants qui sont en peine pour se soumettre au cadre et aux exigences de l’école, manifestant silence ou agitation. En consultation, ces enfants ou adolescents qui s’opposent massivement, disent non à tout, parfois même au simple fait d’entrer dans le bureau, sollicitent parfois un contre-transfert négatif et épuisent souvent les équipes de soins. Et les conduites d’opposition sont une question récurrente dans le champ éducatif générant fréquemment des ruptures dans les parcours de vie des enfants ou des adolescents placés.

Un florilège de manuels envahit les libraires depuis quelques années à ce sujet, proposant recettes et bonnes pratiques face au désarroi des parents ou des professionnels. Mais bien plus qu’une simple question de juste attitude éducative, pour bien comprendre l’opposition, il importe d’en saisir le contexte, les ressorts, les prémisses et d’essayer de comprendre le sens de cette opposition.

En fait l’opposition accompagne l’être humain tout au long de son existence et certaines formes d’opposition sont structurantes dès la petite enfance et à l’adolescence, nécessaires à la construction de la personnalité, à la subjectivation.

Mais l’opposition peut se durcir, prendre un tour radical comme l’a montré l’actualité récente. Plus communément, elle peut se maintenir, se renforcer et devenir un symptôme bruyant qui, associé à d’autres, conduit à des situations d’opposition pathologiques. On les retrouve actuellement sous les termes de troubles des conduites, du comportement ou encore de troubles de l’opposition avec provocation. Elles dépassent largement le cadre de l’opposition développementale et s’expriment à travers une grande variété d’attitudes et de comportements.

Il serait toutefois réducteur d’entrevoir l’opposition comme une simple entité clinique/pathologique. L’opposition est certes un symptôme, cependant nous pouvons faire le choix de ne pas résumer ce symptôme à un signe diagnostique mais de le considérer comme riche de sens. Les conduites d’opposition répétées n’ont en effet rien d’univoque et peuvent survenir dans des contextes nosologiques variés allant de phénomènes réactionnels à l’autisme, en passant par les états limites, la dépression ou encore les troubles déficitaires de l’attention et certaines formes d’anorexie du bébé et de l’enfant.

On retrouve également des conduites d’opposition plus « passives » qui peuvent se manifester chez les plus jeunes par une inhibition et chez les adolescents par un repli sur soi, un refus scolaire, comme une forme d’affirmation en creux, une façon contemporaine de « dire non ».

Il peut être salutaire de s’opposer lorsque ce qui vous est imposé est inacceptable. L’opposition peut se révéler ainsi adaptative, réactionnelle chez l’enfant maltraité par exemple. Elle peut prendre un sens tout particulier chez l’enfant diabétique qui, lassé de son état, refuse la compliance thérapeutique.

L’opposition peut s’exprimer avec intensité dans l’organisation même de liens intrafamiliaux pathologiques, au sein de certaines fratries, dans des situations d’adoption ou d’histoires traumatiques familiales. Parfois l’opposition signe une réponse comportementale de l’enfant ou de l’adolescent à un style parental peu adapté.

On le voit à travers ces exemples, l’enfant ou l’adolescent s’oppose à un parent, un cadre, un système, une idéologie, une part de soi ou de l’autre qu’il ne comprend pas. Il apparaît donc primordial de comprendre ce qui sous-tend cette opposition. Que vient-elle signifier ? Quelle est sa valeur dans l’économie psychique du sujet ou au sein de la dynamique familiale ? On cherche ici à en comprendre les enjeux, à savoir ce qui est atteint. Pourquoi cet enfant/adolescent est en lutte, affronte, refuse quelque chose de l’autre ? Il nous apparaît important de surmonter les limites entre l’approche nosologique psychiatrique et une perspective plus large tenant compte de l’opposition comme un symptôme qui fait sens. Mais quand doit-on faire de l’opposition un signal ? Quand constitue-t-elle le signe d’une pathologie en cours ? Et comment l’aborder dans le soin ?