Couverture de la revue - Passer par l'acte

N° 61 - Passer par l'acte

Revue publiée en août 2014

La publication de cette revue a fait l'objet d'un colloque le 12 décembre 2014.

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Sous la direction de Marie Giloots, Didier Lauru

L’acte est le premier outil de communication du petit avec son environnement, par la tétée ou le sourire. Il est également au premier plan de bien des motifs de consultation comme l’hyperactivité de l’enfant, les scarifications et les tentatives de suicides à l’adolescence. L’acte est encore au cœur de pratiques qui mobilisent patient et thérapeutes, que ce soit en psychomotricité ou dans des thérapies médiatisées.

Ce numéro se propose d’explorer cette clinique de l’acte, dans le développement du sujet, dans son excès et son empêchement, et dans sa valeur d’accès à la symbolisation.

Marie Gilloots, Didier Lauru

« Il est écrit : "Au commencement était le Verbe !" Je butte ici déjà ! Qui m’aidera à poursuivre ? Je ne peux nullement porter si haut le Verbe, Je dois traduire autrement, Si l’Esprit justement m’illumine. Il est écrit : Au commencement était le Sens. Songe bien à la première ligne, Que ta plume point ne se précipite ! Est-ce le sens partout qui agit et crée ? Il faut mettre : Au commencement était la force ! Mais, même quand je couche cela sur le papier, Quelque chose m’alarme, et je n’y demeure pas. M’aide l’Esprit ! J’y vois clair soudain ! Et écris confiant : au commencement était l’action ! » Goethe, Faust, traduit par Claire Placial.

L’acte a assez mauvaise presse dans le monde « psy ». Il vient, sous forme du passage à l’acte, faire irruption ou rupture dans un processus de soin et se substitue alors à la parole et à la pensée. Or, dans la clinique actuelle, nous rencontrons beaucoup d’enfants et d’adolescents pour lesquels l’acte est au premier plan de la demande. C’est en effet un acte – de violence envers les autres ou d’attaque de soi comme les scarifications, voire suicidaire – qui est le point de départ de la rencontre des familles avec le monde du soin. Cela peut être aussi la répétition d’agirs, comme dans les conduites addictives aux substances « psychoactives » ou aux jeux vidéo, parmi lesquelles on peut situer les troubles du comportement alimentaire. Ou encore le simulacre de la turbulence de l’enfant hyperactif. Cette clinique de l’acte pose la question de la reconnaissance d’une souffrance psychique mais également celle de l’implication du sujet dans cet acte. Le constat : « Je souffre d’angoisse, je suis triste, j’ai des idées bizarres… » qui, énoncé, ouvre la possibilité d’une alliance thérapeutique, se formule, dans cette clinique : « Je fais… » ou « J’ai fait… », « Les autres (souvent les parents) considèrent cela comme un problème. » Cette clinique nous invite à renouveler le regard sur l’acte et sur les pratiques de soin.

En effet, l’acte est intimement lié à la construction de la subjectivité. Pour communiquer, le petit enfant utilise très tôt l’acte. Les actes de la survie comme se nourrir, téter, mais aussi l’imitation du sourire, l’activité motrice exploratoire et une gestuelle en quête de symbolisation. La puberté va amener progressivement l’enfant à acquérir un corps apte à pratiquer des relations sexuelles. Son corps le lui autorise, mais est-ce une condition suffisante pour passer à l’acte d’amour ? Mais aussi pour agir sur le monde ? Symptôme ou recours, évitement de la pensée ou expression du sujet, expérience subjectivante ou répétition, l’acte prend des formes et des valeurs radicalement diverses que ce numéro se propose de revisiter, dans le champ du développement de l’enfant comme dans la psychopathologie et comme dans le champs des pratiques thérapeutiques. Nous explorerons tout d’abord la place de l’acte dans le développement affectif, social et cognitif de l’enfant, appréhendé par la théorie wallonnienne, par la pratique en psychomotricité et par la pédagogie. La deuxième partie aborde l’acte comme recours et comme protestation à l’adolescence, et le traitement de ces passages à l’acte et « par » l’acte : comment sortir de la tyrannie de l’acte, permettre un réinvestissement de la parole en institution ou une appropriation subjective de l’acte hors la loi, dans le processus judiciaire ? La troisième partie interroge la relation de l’acte et du sexuel ; les adolescents hypermodernes et les enfants hyperactifs nous invitant à repenser la place du désir et de la sexualité infantile. Des pratiques de soin accueillent des enfants et des adolescents pour une expérience commune : celle d’agir ensemble. Les groupes thérapeutiques à médiation et la pratique originale du théâtre d’ombres montrent que la médiation ou le geste ne sont pas un simple support de la relation ou un élément de séduction, mais une possibilité d’engagement du transfert et une expérience de symbolisation. La compétence médicale est elle-même susceptible d’être analysée dans la dialectique de l’acte et de la plainte. La diversité des référentiels théoriques et des pratiques exposées confirment l’intérêt d’une pensée de l’acte, et de la place que lui confère Goethe : au commencement…

Éditorial

Apprivoiser les écrans et grandir

Serge Tisseron, psychiatre, psychologue et psychanalyste, chercheur associé HDR à l’université.

Le dossier : Passer par l’acte

Introduction

Marie Gilloots, pédopsychiatre, centre Jean Wier, Nanterre.

Didier Lauru, psychanalyste, psychiatre, président du Collège international de l’adolescence (CILA).

L’acte dans le développement de l’enfant

La naissance de l’acte chez Wallon : un acte de naissance pour une approche dynamique du développement

Katia Terriot, conseillère d’orientation-psychologue, chargée d’enseignement et de recherche.

Passer par l’acte psychomoteur. Interview de Catherine Potel, psychomotricienne, psychothérapeute, thérapeute et formatrice, et d’Alexandrine Saint-Cast, psychomotricienne, PhD.

Réalisée par Audrey Vacher, psychomotricienne.

Agir pour construire des savoirs

Jeanne Rousselet, enseignante et directrice d'écoles maternelles et primaires.

Formes du passage à l’acte chez l’adolescent à l’ère hypermoderne

Camilo Ramirez, psychologue clinicien, psychanalyste.

L’acte comme symptôme et recours

Du passage à l’acte au passage par l’acte. Le soin dans un hébergement thérapeutique pour adolescents

Raphaël Boussion, pédopsychiatre, centre d'accueil et de soin (CAS) pour adolescents.

De la fonction porte-parole du corps dans l'agir des adolescentes d'aujourd'hui

Anne Perret, psychiatre, chef de service de psychopathologie de l’adolescent, centre hospitalier.

Passages à l’acte en foyers d’accueil. L’expérience de Winnicott

Romain Dugravier, pédopsychiatre, chef de service, centre de psychopathologie périnatale.

Le mineur devant le juge des enfants : être jugé le rend-il responsable de ses actes ?

Jean-Marie Fayol-Noireterre, magistrat honoraire, ancien juge des enfants.

La violence des adolescentes. Déviances et genre

Véronique Le Goaziou, chercheuse associée.

Les actes thérapeutiques

La plainte comme convocation de l’acte thérapeutique

Manuel Rubio, interne en psychiatrie.

L’acte de création et ses processus dans les médiations thérapeutiques pour enfants autistes et psychotiques

Anne Brun, professeur de psychopathologie et psychologie clinique.

Théâtre d’ombres avec des enfants autistes et psychotiques ou comment un psychanalyste qui n’aime pas le football est devenu supporter

  • Chapitre 1. Pouvoir s'absenter pour trouver sa place
  • Chapitre 2. Du travail du rire au fantasme

Jean Peuch-Lestrade, psychiatre, psychanalyste.

Hyperactivité et sexualité infantiles

Marie Gilloots, pédopsychiatre, centre Jean Wier, Nanterre.

Les tribunes

Post-scriptum

Les freins à la révélation de la situation de danger par le professionnel

Adeline Kompé-Tchamgoué, pédopsychiatre, praticien hospitalier, responsable d’un Centre de crise et de soins spécialisé pour adolescents.

A propos

La mémoire du nourrisson : évolution du concept

Thomas Cascales, psychologue clinicien, équipe mobile de psychiatrie de liaison, docteur en psychologie, chercheur associé, psychanalyste.

Compréhension de l’acte suicidaire chez des jeunes homosexuels

Anaïs Barrattini, étudiante Master II recherche en psychopathologie.

Anne-Valérie Mazoyer, psychologue clinicienne, maître de conférences.

Sylvie Bourdet-Loubère, psychologue clinicienne, maître de conférences.

En direct des pratiques

Carences parentales précoces et états limites

Thierry Caron, psychologue clinicien, internat placement familial.

Autisme et shiatsu : une autre modalité de la relation

Gabriella Gusso, praticienne clinicienne de shiatsu.

Le cabinet de lecture

La voiture de Petit Soleil 

Célia Bagla, Christopher Laignon

Fragments d’une psychanalyse empathique

Serge Tisseron