Couverture de la revue - Prévention : mythe ou réalité ?

N° 77 - Prévention : mythe ou réalité ?

Revue publiée en septembre 2018

Acheter la revue


Romain Dugravier, Antoine Leblanc

Développer une politique de prévention est un des objectifs majeurs que se fixent les professionnels de santé, les travailleurs sociaux, les politiciens et notre gouvernement en particulier. Pourtant, on leur fait souvent le reproche de s’inscrire dans le soin plus que dans la prévention, en soulignant le fait qu’en France les praticiens sont surtout formés à recueillir des symptômes, poser un diagnostic et proposer le meilleur traitement pour les pathologies qu’ils auront ainsi identifiées.

Or, la notion de « prendre soin » dépasse largement cette logique si l’on s’appuie sur la définition de l’oms : « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de pathologie ou d’infirmité ».

Ainsi formulé, on comprend qu’être en bonne santé est une notion toute relative, sur le plan individuel en fonction de l’appréciation que chacun fait de son « état », comme sur le plan collectif en fonction de l’environnement social, culturel et économique. On retrouve là cette controverse habituelle qui oppose l’approche centrée sur l’individu à l’approche de santé publique, approches qui peuvent souvent sembler contradictoires.

À cela s’ajoutent, et ce n’est pas pour simplifier les choses, la devise nationale et sa déclinaison dans les services publics, à savoir « liberté, égalité » qui, paradoxalement, font parfois le lit des inégalités sociales en matière de santé. Prétendre offrir les mêmes soins et le même mode d’accès à tous, homogénéiser le discours et les stratégies préventives, fait courir le risque de laisser en marge des pans entiers de la population. C’est dans cet esprit que Frédéric Dugué, médecin de santé publique, et Betty Azocar, psychosociologue spécialisée sur la prévention des conduites à risques, développent et discutent dans ce numéro de la revue les concepts modernes de prévention universelle ou sélective, et la notion d’universalisme proportionné.

Un autre obstacle est de parvenir à répartir la prévention, le soin et la protection de l’enfance entre les professionnels, services et institutions, chacun devant alors définir la place qu’il entend occuper. En effet, si la pmi est cantonnée à la prévention, les services de pédopsychiatrie au soin et les services de l’ase à la protection, les actions se succèdent sans parvenir à une réelle complémentarité. Virginie Capitaine, quant à elle, décrit comment ces notions sont intriquées et étroitement liées, d’où la nécessité pour chacun, précise-t-elle, de définir clairement son identité professionnelle.

Enfin, la mise en place d’actions de prévention implique de définir ce que l’on souhaite prévenir et d’exposer les moyens qui y seront consacrés. Ainsi un objectif de prévention que beaucoup revendiquent, le soutien à la parentalité, s’avère particulièrement difficile à définir. Or il est primordial de le délimiter avec précision, afin d’éviter des interventions nombreuses et disparates qui risquent de susciter parfois une certaine confusion. En précisant l’objet de nos stratégies de prévention on peut parvenir à élaborer des stratégies individuelles ou collectives qui prennent en compte les spécificités de chacun. Pour que ces actions de prévention se développent, nous ne pourrons faire l’économie d’en évaluer d’abord la mise en place, puis les effets sur la population concernée. Il nous reste également à définir les outils qui permettent cette évaluation.

Depuis 2016, les politiques de santé publique en matière de prévention sont coordonnées par un seul organisme, Santé publique France, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé. Il est issu de la fusion de trois institutions : l’Institut de veille sanitaire (invs), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (inpes) et l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences (eprus). Ce regroupement a pour but de favoriser une meilleure coordination des actions de santé publique. Dans leur article, Maud Gorza et coll. l’expliquent bien, en donnant des exemples des engagements de Santé publique France en faveur de la santé des enfants via les dispositifs d’accompagnement à la parentalité. Un autre article apporte des exemples d’actions publiques de prévention dans les champs de l’enfance en précisant les différentes missions du carnet de santé de l’enfant. Valérie Ledour, elle, parle de l’utilité et de la pertinence des Centres de planification et d’éducation familiale pour la santé sexuelle des jeunes.

En pratique, les initiatives sont nombreuses pour promouvoir, à tout âge, la santé des enfants, celle de leurs parents, et la meilleure insertion possible. Dans ce numéro, les professionnels qui ont contribué à les développer présentent quelques dispositifs innovants. Sont ainsi détaillés, successivement, un dispositif d’accompagnement et de soins en psychiatrie périnatale, un travail de supervision auprès de puéricultrices de pmi, des dispositifs de prévention autour des difficultés de comportement à l’école, et le fonctionnement d’une association qui rencontre des jeunes dans le cadre de l’éducation affective, relationnelle et sexuelle. La reconnaissance et la coordination des dispositifs existants, leur mise en perspective avec les logiques d’avantage basées sur les concepts d’evidence-based medecine sont nécessaires pour enrichir nos connaissances et permettre une vision plus globale des enjeux de santé de la population infantile. C’est un réel défi pour les organismes de santé publique.

Éditorial

Majorité sexuelle ? Consentement à la sexualité ? À quoi peut bien servir une nouvelle loi pour la protection des mineurs victimes de violences sexuelles... ?

Walter Albardier, psychiatre, praticien hospitalier

Le dossier : Prévention : mythe ou réalité ?

Introduction

Romain Dugravier, pédopsychiatre, Centre de psychopathologie périnatale Boulevard Brune, Centre Hospitalier Sainte-Anne

Antoine Leblanc, pédiatre

Prévention, enjeux et théories

Pourquoi est-il si difficile de développer la prévention en santé ?

Frédéric Dugué, médecin spécialiste de santé publique

Prévention ; l’apologie du changement

Betty Azocar, psychosociologue

Politiques de prévention

Promouvoir la santé de l’enfant en soutenant les compétences parentales : l’action de Santé Publique France

Maud Gorza, chargée d’expertise en santé publique, Santé Publique France

Nathalie Houzelle, chargée de mission en promotion de la santé, Santé Publique France

Sandie Sempé, chargée d’expertise en santé publique, Santé Publique France

Linda Lasbeur, chargée de projets scientifiques, Santé Publique France

Marie Hamsany, chargée d’étude et de recherche, Santé Publique France

Enguerrand Du Roscoat, responsable de l’unité santé mentale, Santé Publique France 

Thierry Cardoso, responsable de l’unité périnatalité et petite enfance, Santé Publique France

Le carnet de santé de l’enfant : quelles missions ?

Antoine Leblanc, pédiatre

La prévention en Protection de l’enfance existe-t-elle ?

Virginie Capitaine, médecin référent Protection de l’enfance, Département de Paris

Les Centres de planification et d’éducation familiale : cinquante ans d’évolution, de la contraception des mères à la santé sexuelle des jeunes

Valérie Ledour, médecin responsable des missions de Protection maternelle et de Planification familiale ; Direction des Familles et de la Petite Enfance

En pratique

Anticiper pour mieux accompagner. La consultation cico et les dispositifs de soins en psychiatrie périnatale

Romain Dugravier, pédopsychiatre, Centre de psychopathologie périnatale Boulevard Brune, Centre Hospitalier Sainte-Anne

Sylvie Cassagnes, infirmière, Centre de Psychopathologie périnatale Boulevard Brune, Centre Hospitalier Sainte-Anne

Marie-Noëlle Vacheron, psychiatre, chef de pôle, Centre Hospitalier Sainte-Anne

L’éprouvé de contenance dans un travail de supervision auprès de puéricultrices de pmi dans le cadre du dispositif panjo

Corine Lagarde, psychologue clinicienne, cmp Enfants et Adolescents, chs de Blain

Difficultés de comportement à l’école : des dispositifs de prévention

Odile Faure-Fillastre, inspectrice de l’Éducation nationale et conseillère technique ash honoraire

L’association Sésame rencontre les jeunes en milieu scolaire dans le cadre de l’éducation affective relationnelle et sexuelle (ears)

Philippe Rougier, médecin, professeur émérite université Paris v ; président de Sésame

Autre regard

Un Québec pour les tout-petits

Élizabeth Brunet, étudiante, doctorat en psychologie communautaire, Université du Québec, Montréal ;

Corentin Montiel, étudiant, doctorat en psychologie communautaire, Université du Québec, Montréal

Post-scriptum

Apprend-on des adolescents ?

Didier Lauru, psychanalyste, psychiatre

Quand la transmission s’en-mêle entre professionnels…

Sandrine Clergeau, psychologue clinicienne, psychothérapeute, thérapeute familial

À propos

Les premiers pas sur le chemin de l’existence

Sébastien Fournier, éducateur spécialisé dans un Institut thérapeutique éducatif et pédagogique

Du tam-tam des bébés à l’orchestre de chambre

Annick Le Nestour, pédopsychiatre, psychanalyste

En direct des pratiques

« Les foyers de l’enfance et les moyens d’aide narrative » ou « un cheval à la mer, et quels fils pour le sauver ? »

Bogdan Pavlovici, pédopsychiatre, praticien hospitalier, centre médico-psychologique enfants de Versailles

Lucien Kokh, psychiatre